Tout comme dans le reste du Maghreb, les Frères Lumière tournent au Maroc. Leurs
premières réalisations sur ce territoire, plusieurs petits films, datent de 1896. L'année suivante, ils organisent les premières projections au palais royal de Fès. L'un des opérateurs les plus fameux de l'équipe des Frères Lumière est l'Algérois Félix Mesguich. Il filme en 1907 l'action militaire française destinée à faire du Maroc un protectorat. Dès lors, les reporters cinématographiques y affluent.
Le premier étranger à avoir l'idée d'y tourner une fiction est Camille de Mar- Ihon. Il s'agit d'une série de films de piètre qualité « scénaristique » ; cependant, ce sont les premiers à avoir pour cadre les décors naturels du Maroc. Il faut attendre 1919 pour que soit réalisé le premier véritable long- métrage colonial du pays, Mektoub, de Pinchon et Quintin. Le premier spectacle cinématographique, si l'on peut dire, a lieu en 1912 à Fès, avec un immense « écran » tendu sur un rempart. Les années 1920 sont marquées par une ruée cinématographique sur le Maroc.
Les films de l'époque aiment à raconter des histoires liées à des enlèvements. Moins « colonial » que le Sang d'Allah ou Dans l'ombre du harem, La Bandera de Jean Duvivier, avec Jean Gabin, raconte en 1935 une histoire valorisant l'esprit légionnaire.
Trois questions a Tarik Mounim
Président de l'association «Save Cinémas In Marocco »
« Sauver les salles, ce n'est pas une envie, c'est un devoir pour notre patrimoine »
- Pouvez-vous nous présenter votre association ainsi que son but majeur ?
Sauvons les salles de cinéma au Maroc réagit depuis près de 3 ans à un phénomène généralisé au Maroc : la disparition des salles de cinéma de quartier. Sauvons les salles de Cinéma au Maroc,
c'est une dynamique déterminée, volontaire et sensible à l'avenir réservé à notre patrimoine culturel et architectural. Notre objectif est d'amener cette problématique sur la scène publique afin que le citoyen (enfants, jeunes et moins jeunes) puisse se rendre compte de la situation actuelle, et qu'il puisse lui aussi réagir et agir. Le patrimoine appartient à tous, en être privé, voir même ne plus savoir qu'il existe peut être préjudiciable.
A cet objectif de mettre à la disposition du citoyen les moyens de savoir, connaître et comprendre, l'association a pour but de préserver et valoriser les salles de cinémas restantes par la mise en place de projet de rénovation des salles et d'ouverture de ces dernières au grand public.
- D'où vient cette envie de sauver les salles de cinéma marocaine et quelles sont les origines de l'association ?
Sauver les salles, ce n'est pas une envie, c'est un devoir pour notre patrimoine, pour notre histoire... La situation est telle qu'aujourd'hui il reste près d'une trentaine de salles en activité dans tout le Maroc. Une trentaine, on pourrait penser que cela suffit, mais ce qui est alarmant c'est qu'en comparaison à il y a près d'une trentaine d'année le nombre de salles a connu une chute de près de 90%. C'est une obligation pour nous, comme pour tous d'agir. Inutile d'évoquer les chiffres, il suffit de se promener dans nos quartiers pour constater que la jeunesse jouent dans les rues à proximité de portes condamnées...et qu'eux même n'imaginent même pas qu'il y a quelques décennies ces lieux regorgeaient de vies, d'éclats de rires, d'impressions et d'émotions laissées par les films. Dans beaucoup de villes, il n'y a plus de cinéma. Un cinéma, un espace culturel, c'est offrir d'autres alternatives aux citoyens, c'est leur ouvrir les portes d'un autre univers et leur apporter de nouvelles inspirations et de nouvelles
aspirations...
- Quel est en général votre plan d'actions ?
C'est dans ce sens là que l'association inscrit sa démarche et c'est à partir de cette réflexion que l'association a vu le jour.
Il s'agit de créer une cohésion nationale en matière de culture et d'accès à la culture et dans ce cas, l'accès au Cinéma qui englobe un nombre inimaginable de métiers et de philosophie. Nous avons le Hollywood d'Afrique sur nos terres et nous en sommes fiers, mais n'y a-t-il pas ici un paradoxe ? Hollywood et une trentaine de salles pour un pays qui compte plus de 34 343 219 millions d'habitants (2008).
Il y a un public avec ses espoirs, ses avenirs, ses histoires, et parmi ce public il y a des personnes qui créent, imaginent des histoires ou tout simplement mettent en lumière des vécues et des phénomènes de société pour transmettre des messages. Il y a de la créativité et il y a une demande du public, mais y - a-t-il l'espace pour organiser cette rencontre ?
Propos recueillis par Hafsa Benmchich
- Save Cinemas In Morocco
Depuis trois ans l'association Sauvons les salles de cinéma au Maroc s'investit de toutes ses forces dans la sauvegarde du patrimoine cinématographique marocain en collaboration avec les salles, la presse, les artistes et tous les amoureux du Maroc.
Les cinémas défendent le 7ème art dans la diversité de ses expériences, avec des exigences qualitatives et un vrai respect du public. Sans l'existence de ces salles, bien des films que nous aimons n'auraient pas pu se faire connaître, faute de lieux où voir le jour grâce à la lumière de l'écran.
Le combat pour la sauvegarde des salles de cinéma au Maroc rejoint le combat pour I' « exception culturelle ». La richesse du cinéma, ce qui le rend si merveilleux et si proche de nous, tient en grande partie à la variété et à l'authenticité des cultures dont il est issu.