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21 Fév

Film argentique Vs. Numérique

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 Il y a plus d’un siècle d’archives mondiales stockées sur film, ce qui représente une part essentielle du patrimoine culturel des temps modernes. Le transfert de toutes ces archives sur un support électronique serait d’un coût prohibitif. Et pourquoi se compliquer la vie quand on peut transférer ce dont on a besoin, quand on en a besoin sur le format vidéo ayant cours ce jour-là ?

Le film argentique est-il mort ? Plus d’un siècle de bons et loyaux services et un continuel développement (16mm, S8, 8, 35, 17,5, 9,5mm, support film), ce film peut-il être aussitôt détrôné par la magie du numérique ?

La problématique circule partout, sur le web, dans les salons, dans les salles de cinémas, sur les lèvres de tous les professionnels de l’industrie de l’audiovisuelle et notamment du cinéma.

Toute innovation technologique perturbe les marchés, les habitudes et les résultats audiovisuels.

Culturellement, sommes-nous prêts ? Visiblement, oui ! Le numérique s'est imposé, et les pouvoirs publiques en ont facilité le déploiement notamment en France avec les aides à l’équipement numérique des salles de cinéma. Le Maroc, toujours avide d’évolution et de modernité prend le même chemin.

L’aspect culturel est important à prendre en compte. En effet le numérique permet la multiplication et la diffusion rapide de la culture sous toutes ses formes. Un fichier numérique virtuel peut circuler à une vitesse folle contrairement au déplacement d’une bobine de film argentique qui doit transiter par les canaux courants tel le courrier postal par exemple.

Aujourd’hui nous ne parlons plus que d’intégration, de transfert, de numérisation. Quel bonheur de pouvoir jouer, utiliser de manière fluide et rapide tous ces fichiers... tous ces films… 

Mais pourquoi donc, certains s’obstinent encore à vouloir utiliser le film argentique ? Quand celui-ci exige et engendre des coûts de conservation, de stockage et de transport ; que pour développer un film tout un investissement en terme matériel et d’espace est nécessaire.

Le numérique comporte tellement d’avantage. Il permet de réduire de plus de la moitié le personnel d’une salle de cinéma. Plus besoin d’un projectionniste par salle. Il suffit à présent d’une seule personne pour programmer les machines. Le film est mémorisé directement sur disque dur par satellite ou par le web, il suffit de disposer des codes d’accès à un film.

De plus, une développeuse, a besoin d’une pièce entière avec des conditions hygrométriques respectées, les tables de vérifications et de visionnages nécessite des espaces dédiés. Toutes ces machines ont un coût et la plupart du temps elles ne sont accessibles qu’aux institutions nationales tel que le centre cinématographique français ou le centre cinématographique marocain.

 Les mots parlerons aux archivistes qui eux s’inquiètent pour leurs films. En effet, dans le monde 1 siècle et demi de bobines sont sur supports argentiques. Qu’allons-nous en faire ?

Disposons nous des moyens financiers pour tous les numériser ? Certains passeront certainement à la trappe.

Et qu’en est-il des films qui n’auront jamais flirté avec le film argentique. Ces films seront à la source des fichiers numériques. Leur pérennité sera-t-elle garantie ?

Quand aujourd’hui, nous savons qu’une bobine de film argentique peut espérer une durée de vie de 800 ans dans de bonne condition d’hygrométrie, conservée dans des boites ventilées, et que les archivistes gardien de notre patrimoine audiovisuel prendront soin de les entretenir et les soigner contre le syndrome du vinaigre, de la décoloration et du rétreint ; que pouvons nous attendre des fichiers numériques ?

Les garanties de conservation bien que sûres, sont-elles vraiment intransgressibles ? Les supports numériques sont amenés, de part leur nature, a constamment évoluer, les conditions de stockages sont mouvantes et peuvent être très vulnérables malgré les protections de très haut niveau.

Pourquoi la NASA, qui est à la pointe de la technologie, investit régulièrement pour l’archive de toutes ces données audiovisuelles en support argentique ? Quelle pourrait en être la raison, alors que la défense américaine détient le dispositif le plus abouti et inégalé en matière de sécurité de l’information.

Tant de questions, et tant d’idées; le débat est ouvert, alors que tous ont déjà fait leur choix.

Les sociétés de production ne misent plus sur les laboratoires argentiques. La France a vu ses laboratoires de film disparaître les un après les autres.

Le laboratoire LTC a été abandonné par ses principaux actionnaires. Eclair Laboratoires vivote encore, mais a conscience que son sort est déjà scellé. Tous ces techniciens, ces artistes de la bobine qui durant des années ont posé leur empreinte sur tous les films que nous avons vu en salles, se retrouvent abandonnés. Quelle est l’issue pour toutes ces personnes ? La formation ? La réinsertion professionnelle ? Leur métier c’est la bobine, le film. Peuvent ils aussitôt se mettre à travailler sur du numérique alors que cela exige des compétences de programmation informatique.

La fermeture de LTC est une déchirure pour toutes ces personnes qui ont dédié leur vie au cinéma. Sont-ils à mettre au placard au même titre que les bobines de films ?

Les seules réponses que nous pouvons apporter à ce débat sont la préservation du patrimoine, la préservation de notre histoire et le respect de toutes ces techniques et technologies que nous avons vu défiler depuis plus d’un siècle.

Par respect pour ceux qui ont su innover pour le plus grand bonheur du grand public, les frères Lumières, André Debrie et leurs confrères, tous les techniciens et ingénieurs qui ont tant apporté pour que le film soit et existe.

Le glas n’a pas sonné ! Le film argentique est notre mémoire culturelle, historique et sociale. La majorité des pays dans notre monde d’aujourd’hui n’ont pas les moyens de s’équiper en numérique. Des bobines et des projecteurs des années 30 tournent dans quelques salles au confort absent.

Encore aujourd’hui, des films font oublier aux spectateurs qu’ils sont assis depuis plus d’une heure sur une chaise en bois dans une salle sans isolation, sans revêtement. Tous ces spectateurs n’ont d’yeux que pour le film qui défile sur un mur blanc. Ici pas de pop-corn et pas de glace.

C’est juste le film, seule porte ouverte vers un imaginaire que chacun peu façonner à sa manière.

Pour ces pays, la préservation du patrimoine passe par la rénovation, l’entretien et la protection des bobines de films qu’ils possèdent.

Bien qu’elles soient stockées, elles doivent être protégées, un soin et une attention doit leur être porté, puisque ce sont les témoins authentiques d’une époque donnée, d’une période définie et d’un moment précis.

Ainsi, nous aurons toujours besoin de la source, cette bobine de film, qui reste le lien physique avec notre histoire. Le numérique aussi efficace et rapide qu’il puisse être, reste un élément volatile et fragile. Le numérique c’est notre mémoire vive, un film numérique peut disparaitre en une fraction de seconde, la bobine elle, résiste, elle nous laisse le temps de pouvoir la préserver et la restaurér.

Les relations entre la bobine et l’homme c’est tout une histoire de fidélité et de respect pour la culture. Le numérique ne doit être qu’un moyen de contribuer à la préservation des bobines de films, il permet de ne plus manipuler autant les films. Le numérique doit être un moyen de rendre accessible la culture de manière rapide et à moindre coût au plus grand nombre.

Le numérique est un outil complémentaire, qui ne doit pas se substituer au film argentique, ce dernier doit pouvoir toujours être promu, utilisé, il est, et reste l'empreinte laissée par l'homme.

Dernière modification le samedi, 25 février 2012 14:15

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