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17 Aoû

Entretien avec le réalisateur Ismaël Saidi : «J’aime confronter mes scénarios au regard des autres» Spécial

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Diffusé récemment sur la chaîne 2M, le téléfilm « Soins à domicile » est écrit et réalisé par Ismaël Saidi. Ce dernier nous livre, ici, les coulisses du
tournage de cette comédie sociale, interprétée par les acteurs Réda Chebchoubi, Jamal Laababsi, Fatéma Ouchay, Audrey Devos et Mohamed Chahab, entre autres.

Libé : Quelle a été l’ambiance lors du tournage de votre téléfilm, «Soins à domicile»?

Ismaël Saidi : L’ambiance était vraiment formidable. Je dois dire que mes projets, qu’ils soient réalisés au Maroc ou en Belgique, ont toujours prôné le brassage des personnes d’origines et d’expériences différentes. Ce qui explique qu’on retrouve au sein de l’équipe des personnes venant d’Europe, du Maroc et même du Canada. Ce métissage permet d’avoir des visions différentes, de confronter ce que j’ai écrit au regard des autres et d’obtenir un résultat plus abouti.

Le métissage n’est manifestement pas un vain mot dans vos projets…

Le métissage occupe effectivement une place importante dans mes projets. Je pense que cela se ressent à travers le téléfilm «Soins à domicile», c’est du moins ce qui doit en ressortir. J’espère que les spectateurs de 2M ont ressenti ce métissage que je prône dans ce téléfilm et qu’on constate à travers la musique même du téléfilm : il y a une chanson en anglais au début et puis tout le reste c’est des choses traditionnelles.

Au-delà du métissage que vous prônez, quel message espériez-vous que le spectateur retienne de ce téléfilm ?

En tant que fils d’émigré d’origine africaine, né en Belgique, j’ai été confronté à mon enfance au modernisme du pays dans lequel je vis et aux choses hyper-loufoques traditionnelles du village où nous passions nos vacances. J’étais fasciné par les chamanes au point que je me suis toujours dit qu’il serait intéressant de voir confronter modernité et tradition sans toutefois dire que l’un est moins bon que l’autre. Le message de ce film est justement de dire qu’un fils d’émigré est imprégné de deux cultures mais qu’aucune n’est meilleure que l’autre. Je veux dire que, quand bien même il ne sait quoi en faire, ces deux cultures se fondent en lui.
On le voit à travers l’histoire du médecin (Hicham) pris entre la tradition et la modernité européenne et qui, finalement, réalise qu’il représente ces deux cultures.

Pourquoi avoir choisi un médecin pour véhiculer ce message?

J’ai toujours été fasciné par la médecine. Je trouve qu’elle a un côté un hyper protecteur de l’être humain. Les médecins prêtent le serment d’Hippocrate et jurent de protéger des gens. S’agissant du téléfilm, j’ai tout simplement pensé qu’il était intéressant de mettre face à face le chirurgien esthétique et le chamane.

Un mot sur les comédiens ?

Je fais beaucoup de mises en scène de théâtre et j’ai déjà collaboré avec Jamal Laababsi et Fatéma Ouchay dans une autre production passée sur 2M. Je les connais bien pour avoir tourné avec eux pendant 8 mois. Le feeling est donc très vite passé. Cela a beaucoup aidé pour le film, car la confiance s’est rapidement installée entre les comédiens et moi. Il y avait beaucoup de complicité entre nous. J’ai surtout repris des gens que je connais.

Qu’est-ce qui a motivé le choix de Mtioua pour le tournage du film?

Mtioua est un village que je connais bien puisque j’y ai souvent passé mes vacances. Pour l’anecdote, ils ont l’électricité depuis un an mais n’ont toujours pas d’eau. Ce qui est fascinant, c’est quand nous étions enfants, cela nous amusait d’aller chercher de l’eau au puits. On ne se rendait pas compte que cela était pénible pour les habitants du village qui devaient consacrer deux jours pour faire des réserves d’eau. C’est l’image que j’ai gardée d’un Maroc très rural qui, malgré ses problèmes, n’est pas pour autant misérable. J’aimerais que les gens aient de ce village et de ses habitants cette image très naïve.

Vous résidez en Belgique. Que pensez-vous du cinéma marocain?

Le cinéma marocain s’exporte bien: il est présent dans des festivals. Le problème, c’est qu’il a du mal à séduire le grand public. Quelques films sortent du lot, mais le reste ne touche pas les gens. Ce qui est dommage.

Vous refusé la distinction entre téléfilm et cinéma. Pourquoi ?

Je pense que la télévision est un plus grand vecteur que le cinéma. Je n’aime pas qu’on fasse la distinction entre téléfilm et cinéma. Pour moi, c’est une histoire que tu racontes mais que seul le support change. Ce qui est plus important, c’est la narration, le contenu. A ce propos, je pense que 2M et la télévision de manière générale, me permet de toucher des gens très loin, notamment de la campagne. Ce qui n’est pas certain quand un film sort en salle.

Projet en vue ?

Je compte tourner fin décembre un long métrage, une coproduction entre la Belgique, le Canada et la France, qui s’intitule «Moroccan gigolo’s ». Il raconte l’histoire de trois personnes (un Black, un Beur et un Belge) à Bruxelles qui décident de flirter avec de vieilles dames pour arrondir les fins de mois et ouvrir un snack. C’est une comédie quelque peu incivique mais qui parle d’un problème réel qui se passe dans les banlieues européennes que je connais bien.
Je tourne pour l’instant une pièce de théâtre qui évoque le divorce entre un musulman et une juive. En plus d’autres projets que je suis en train de mettre en place avec 2M.

Bio express
Gradué en relations publiques et licencié en sciences sociales, Ismaël Saidi est un jeune réalisateur d’origine marocaine résidant en Belgique où il a vu le jour en 1976 à Saint-Josse-Ten-Noode. Fils d’émigré, il a écrit et signé plusieurs courts métrages et longs métrages dont «Moroccan Gigolo’s», «Ahmed Gassiaux» (son premier long métrage, 2010), «Les uns contre les autres», «Marie-Madelaine», «Beaucoup de bruit», «Absurde et loin des yeux» et «Rhimou».


Propos recueillis par Alain Bouithy/ Libe.ma

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