05 Octobre 2008 :Flagrant délire
Triste sort. Les salles de cinéma au Maroc souffrent. On serait même tenté de croire à une malédiction. Tellement la vie de ces espaces s’est ternie. Cette lumière qui s’invitait aux portes des salles obscures s’est enfuie à jamais. Non seulement les salles ferment les unes après les autres, mais celles qui continuent toujours à subsister, voire à résister s’offrent comme refuge aux travailleurs du sexe. La nouvelle du cinéma Rif durant la dernière semaine du ramadan a laissé les professionnels et surtout les passionnés du septième art de marbre. Un groupe d’individus ont été arrêté çà l’intérieur du cinéma en flagrant délit, ou plutôt délire
" Les accusés pratiquaient des rapports sexuels avec des filles de joie en croyant qu’ils étaient à l’abri des regards."
C’est vrai que les cinémas sont appelés en langage soutenu les salles obscures mais cela ne signifie pas qu’il faut dépasser les limites de l’entendement et du politiquement correct. Heureusement, nous sommes toujours dans une société où ces dépassements sont sanctionnés. Mais ceci dit, cela ne résout pas réellement le problème des cinémas au Maroc.
Les salles de cinéma, ces lieux de culture qui ont ouvert les yeux de plusieurs générations d’intellectuels et d’Hommes de pensées sont au bord de l’agonie. Elles continuent à fermer leurs portes les unes après les autres. Alors que leur nombre dépassait les 200 dans les années 60, elles ne sont plus aujourd’hui que 70 salles. Bien sûr, selon les chiffres officiels. Même si les productions marocaines étaient inexistantes à l’époque, dans les années 60, les salles de cinéma vivaient leurs meilleures années de gloire. Le cinéma muet, les projections des films de Chaplin sont ceux-là même qui ont inspiré le pionnier du cinéma marocain, le défunt Mohamed Ousfour. Qui oserait aujourd’hui oublier l’histoire du célèbre cinéma Kawakib au quartier Derb Sultan. C’est dans cet endroit même où Mohamed Ousfour a découvert son amour et sa passion du cinéma. L’agonie se poursuit avec d’autres fermetures.
"En 2008, quatre salles ont déclaré forfait. L’Empire et le Rex à Fès, le Grand cinéma à Al-Hoceima et le cinéma Shéhérazade à Casablanca."
Les réalisateurs qui se sont réjouis dernièrement après la publication du « box office » ou comme l’appelle Nabil Lahlou le bluff office, sont obligés de contenir leur joie. Face à des entrées qui dépassent les 88 422 pour What ever Lola wants de Nabil Ayouch suivi de 41 693 entrées pour les jardins de Samira de Latif Lahlou, bientôt au rythme où l’on va, il n’y aura plus de salles où projeter les films.
" A se demander à quoi cela sert d’être compétitif en matière de production cinématographique, si en parallèle, les espaces censés promouvoir ces films sont inexistants. "
Yasmina Layal, Journaliste
Membre active de Save Cinemas in Marocco
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